Quand tu cries au génie, tu finis par te geler !

Dans la série, les écoutes secrètes d’OM à l’apéro, un nouveau document explosif et brûlant et incroyable et sulfureux et exclusif et tout ça, tout ça…, révélé à nos chers lecteurs.

9h00 du matin en ce dimanche de septembre. JP commence comme d’hab sa journée par la salle des trophées. Les visiteurs du Vel seront bientôt là, tout doit être nickel. Allez ! On met le paquet. Faut qu’ils en prennent plein les mirettes !

Ça y est, c’est son moment préféré. Celui où il attrape LA coupe par ses grandes oreilles pour lui en filer un bon coup. (En tout bien, tout honneur…)

Consciencieux comme pas deux, il brique à tour de bras. Il frotte, il frotte le métal à s’en faire chauffer les paluches.

Résultat des courses ? Ben… Ça brille…

Certes. Mais pas que.

Une énorme volute de fumée sort de la coupe, façon méga craquage de fumis un soir de classico. 

« C’est quoi c’t’embrouille à la con ? » s’écrie t’il fort élégamment. 

« Bonjour jeune homme. Vous avez besoin de mes services ? Vous êtes JP me semble t’il… »

« Heu… Ouais… C’est une blague pour la télé ? C’est ça ? »

« Point du tout. Je me présente Carmond Ancellothals. Je suis le génie qui réside dans la dîtes Coupe de la Champions League, ici présente. »

« Ouais, ouais, c’est bon ! Me prend pas pour un verre d’eau de l’année ! Si tu es un génie, moi j’ai les glaouis rayées bleues et blanches. »

Sa phrase à peine terminée, qu’un frisson lui parcours les bijoux de famille. Un coup d’œil dans le slibard, et ? Et ?

Bingo ! 

En plus d’être seyant, original et olympien-compatible à souhait, cela ne laisse plus de doute sur les pouvoirs de son interlocuteur. JP est face à la chance de sa vie. Un tournant pour l’homme, une révolution pour le supporter.

« Alors j’ai droit à trois vœux, c’est ça ? C’est comme dans les contes ? »

« C’est bien ça. Allez y mon p’tit bonhomme, sollicitez moi. »

JP sent la pression l’envahir, le trac le ronger, le nez lui gratter.

« Alors en premier, faut me remettre les noisettes au naturel parce que là ça va pas le faire. Compliqué à assumer avec les gonzesses ton truc. »

« C’est pas moi qui ai cherché, je te ferai remarquer. Mais bon, je peux comprendre. Voila. Tout est rentré dans l’ordre… Ensuite ? »

« Ensuite ? Clairement il me faut un super gros repreneur pour le club, avec du fric en veux tu, en voilà, des stars à la pelle, un Guardiola ou un Zizou aux commandes (je te laisse choisir), un titre de champion avec record de points à la clef, un doublé coupe de France/coupe d’Europe pour le fun, un… »

« Holà, holà, mon p’tit bonhomme. On s’emporte. J’ai dit trois vœux, pas trente !

Mais si je peux me permettre…

Tu as déjà tout ce qu’il faut en magasin, me semble t’il. Tu as déjà de gros moyens depuis plusieurs saisons. Des joueurs confirmés sans être des stars interplanétaires. Des coachs pas dénués d’expérience. Des parcours plutôt loin du ridicule. »

« Ouais, je sais tout ça… Mais tu vois bien qu’on n’y arrive pas ! Y’a toujours un moment où ça cague. Il nous manque toujours toujours dix centimes pour faire un euro… »

« Alors je ne devrais peut être pas te dire ça, mais il y a un moyen très simple d’économiser tes vœux…

Un bon mix tactique, travail et grinta ! Crois en l’expérience de Raylo Goethcellotti. Si ton équipe commence déjà par faire le plein, ou presque, face aux équipes favouilles, tu ne seras pas loin d’atteindre tes rêves. »

« J’avoue que j’ai pas suivi, là… Tu essaies  de m’embrouiller en fait, c’est ça ? »

« Mais pas du tout, mon p’tit bonhomme ! La maison ne fait pas dans l’esbroufe et la poudre aux yeux. La maison est spécialisée dans les titres et les trophées. Mais tu as peut être oublié le concept depuis le temps… »

« Oh ça va, hein ! Me branche pas, en plus ! »

« Ok, désolé… Mais enfin, je suis quand même obligé de remarquer que si vous arriviez à rayer 90% de vos contre-performances contre des équipes en bois qui jouent à dix, des lanternes rouges qui viennent se relancer au Vélodrome, des Annecy, Carquefou, Quevilly, Canet en Roussillon qui vous braquent en coupe de France, des Panathinaïkos, Limassol, Olympiakos, Galatasaray qui vous font la misère en coupe d’Europe… Si vous remportiez au moins ces matchs là, vos parcours seraient tout de suite bien plus consistants et en rapport avec votre histoire et vos budgets, non ? Qu’est ce que tu en penses ? »

« Aaaah mais je sais bien ! Mais on n’y arrive pas… Voila ! »

« Alors oui, je te vois venir. Tu vas me sortir le laïus : Ouin, ouin ! Ils mettent le bus ! Ouin, ouin, une ligne de cinq, une ligne de quatre et un attaquant pour jouer les contres ! Ouin, ouin, c’est pas du football ! En plus les arbitres et ben ils font rien qu’à être contre nous ! Tout les autres, ils les aiment, et nous ils veulent rien qu’à nous carrer ! Ouin ! Ouin ! »

« Dis moi génie sans bouilloire, tu serais pas un peu en train de te foutre de notre gueule !? »

« Ça s’est vu ? »

« Chouïa… »

« Mon p’tit bonhomme… Tu crois vraiment que l’OM est le premier club à subir des erreurs d’arbitrage ? Tu ne crois pas qu’il y a eu bon nombre de grands clubs qui ont eu à faire à des défenses renforcées, ultra-compactes, avec des consignes plus frileuses qu’une cagole à Roubaix ?

Et pourtant… Ça ne les a pas empêché d’empiler les titres et de connaître des épopées sur des années et des années. Alors ? »

« Ben… Je sais pas… Nous, on n’y arrive pas. On est capable d’exploits contre des gros. De très bons matchs contre de grosses écuries. Mais les petits… Comment dire ? On dirait que ça nous bloque. Comme une cagole devant un casse tête chinois de deux pièces. »

« Et tu crois vraiment que la seule solution c’est un déluge de fric sur ton club, mon p’tit bonhomme ? »

« Heu…… Tu peux arrêter avec « mon p’tit bonhomme » ? Je sens que je vais commencer à te traiter, et ça va pas faire dans le soyeux ! »

« Désolé. Moi aussi je l’ai senti en le disant… »

« Et sinon tu proposes quoi si c’est pas des biftons à gogo pour faire la dif ? »

« De la tactique, du travail et la rage de vaincre. »

« Et c’est tout ? »

« Et c’est déjà beaucoup. Souvent même, c’est suffisant. Surtout quand on a le potentiel technique des joueurs qui passent par ici.

Par contre, faut se creuser les méninges, il faut marner comme des forçats durant la semaine et cultiver la culture de la gagne. »

« Vas-y, j’t’écoute. »

« Le secret majeur, c’est la variété dans le jeu et dans les systèmes. Il faut pouvoir alterner les séquences durant la partie. Pressing de chien, puis si il le faut, on laisse le ballon. Bloc bas, médian et haut en alternance. On fait tourner comme au hand pendant un moment, et clac, période de jeu direct ! On fait pilonner deux trois gars sur des dribbles et du jeu court, et bim, on rentre deux gars qui frappent de loin pour inverser la sauce. On écarte à outrance pour multiplier les centres avec trois, quatre , cinq joueurs dans la surface. Ça ne marche pas ? Un gars en position de n.10, façon quaterback, qui alimente des gars lancés en courses croisées dans les seize mètres. »

« C’est pas con, et ça paraît assez logique en fait. »

« Mais ce n’est pas tout mon… ami. Le David contre Goliath Day doit rester le David contre Goliath Day ! Pas de sourires, de respect, de mots gentils, de calinous avant le match ! On méprise, on impressionne, on rentre dedans, on chauffe les chevilles, on est volontiers limite dans les contacts. Bref. On nourri l’ascendant psychologique… Auprès de l’arbitre également d’ailleurs ! On fera peut être les gentils garçons après le match, on verra… Mais pendant… Faut redevenir rugueux, fini les gentils professionnels tout lisses qui s’excusent et baissent les yeux sans rouméguer. »

« On dit rouméguer aussi dans le milieu de la lampe à huile ? »

« On peut…

Dernier point à ne surtout pas négliger. Les coups de pied arrêtés !

Déjà, faut savoir les chercher pour les obtenir. Faut provoquer à répétition, en rajouter un peu, juste ce qu’il faut, maintenir encore et toujours l’arbitre sous pression avec deux, trois aboyeurs qui réclament. Faut les travailler et les répéter à l’entraînement. Faut arriver le jour du match avec deux ou trois combinaisons inédites. Ce qui permettra dans le même temps de faire travailler l’équipe sur les coups de pied arrêtés défensifs, c’est indispensable.

Et tout ça, ça se bosse sans relâche dans la semaine. Le physique, le foncier, le positionnement, c’est très bien. Mais à un moment il faut aller chercher le fameux détail dont on dit qu’il est la marque des grandes équipes. Le « ça s’est joué sur des détails, ceux qui permettent à certains clubs de faire la différence », et bien crois moi, ce n’est pas une légende ou un don qui viendrait de je ne sais où. C’est du travail répété et rigoureux. Et répété. »

« Je comprends… Comme les séances de tirs au but… »

« Pareil. »

« Ce n’est est pas parce que tu es l’OM et que tu arrives dans ton maillot blanc avec l’étoile, que tu es invicible et que le match est plié d’avance.

C’est parce que tu es l’OM, que tu dois bosser deux fois plus et que tu es dix fois plus exigeant. Et ce d’année en année, si tant est que ta direction laisse le temps de cultiver une culture de club… Et là seulement, tu peux devenir quasi-implacable. Surtout face aux moins pourvus que toi. »

« J’ai capté. Et du coup j’ai aussi capté que tu es parti pour m’estouffer deux voeux… »

« Mais pas du tout ! Souhaite et j’exaucerai ! »

JP entre dans une réflexion profonde et intense, le nez en l’air, une main sur la hanche, l’autre qui tient le menton avec un doigt qui tapote les lèvres. 

(- « Je visualise vachement, c’est super bien décrit. » 

– « Merci, mais je suis aussi là pour ça. » 

-« Je sais bien, mais quand c’est bien fait, il faut le dire. »

-« Content que ça vous plaise, en tout cas. »

-« Une bonne journée. »

-« Également… »)

« Je sais !!! Pour mes deux vœux restant, tu vas mettre dans la tête du staff et dans la tête nos joueurs qu’il faut bosser comme des fadas, avoir une envie de mort de faim et l’amour du maillot pour sublimer le tout ! »

« Alors je te promets que je vais essayer, mais tu te doutes bien que ce n’est pas la première fois qu’on me demande ça… Et… »

« Et ? »

« Et en général il n’y a plus beaucoup de place dans les têtes. »

« Tu vas me faire croire que c’est tous des testons !? »

« Non, non… Mais le plus souvent l’argent occupe déjà toute la place, et il ne reste plus beaucoup d’espace pour la volonté, l’esprit club ou la grinta. Alors l’orgueil et la construction d’un projet… »

(- « Un peu démago comme conclusion. Presque cliché, je dirais… »

– « Y’a deux minutes, c’était top. Et maintenant chuis plus qu’une daube, c’est ça ? »

-« Une daube, une daube… J’irai pas jusque là, mais c’est néanmoins assez inégal. »

-« Alors voilà ! On leur file du fantastique. On leur rapporte des propos confidentiels. On se casse la nénette à leur narrer l’improbable, et ça finit par faire la fine bouche…

…Et va supporter Clermont Ferrand, va ! EMPLÂTRE !!!

Désolé, je me suis emporté. »

-« Ça va, ça va… « Emplâtre », c’est pas super méchant… »

-« Non mais Clermont Ferrand… Franchement…

… J’aurais pas dû. »)

Publié par Lanceur d'alerte

Addicte à l'OM depuis le 23/02/75, j'avais 9 ans. Un dimanche, me sachant passionné de ballon rond, un voisin propose à mes parents de m'amener au Vél, d'aller à l'OM. 3 à 1 pour l'OM. 32.000 personnes dans le stade. Jaïrzinho et Paulo César en feu... Voila !

9 commentaires sur « Quand tu cries au génie, tu finis par te geler ! »

  1. Le plus gros constat pour JP, une fois de plus, c’est que comme la plupart des supporters (que nous sommes) il a juste une grande bouche !
    Parce qu’avec un peu de couilles (justement ..) une fois retrouvé l’apparence normale de ses bijoux de famille (je trouve ce premier voeux on ne peut plus légitime !) il aurait du demander au génie la direction du club, non ?
    Eh oui… c’est tellement plus pratique de critiquer 😉😂🤣🤪

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    1. Chiche !
      Qu’on mette en place un vrai système de direction socios-compatible.
      Ça permettra peut-être d’éviter les crises qui sont notamment le produit d’incompréhensions mutuelles. 😉

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