L’ange dans le soleil

LES CHRONIQUES, LA MER, D’ACIER & DE MOUSSE (numéro 4)

Oui, j’ai tué Elio De Angelis.

Involontairement. Pas une balle tirée, ni d’arme blanche dégainée. Juste un jeu d’enfant. Une collection de réplicas Majorette sur un circuit fait maison, et un mercredi après-midi à simuler un Grand-Prix : nous sommes en mai 1986.

Non, je ne l’ai pas tué. Veuillez me pardonner, ou, à tout le moins, l’enfant que j’étais et qui, absorbé par la course, fit sortir de la piste la Brabham BT55 et décida de l’accident. Il ne statua pas sur sa gravité – le réalisme est sordide – mais on se doutait bien qu’il ne s’agirait pas d’une broutille.

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cab86012068/mort-de-elio-de-angelis

Sur le coup, pourtant, on passa vite à autre chose, et à la victoire de l’idole du moment, un certain Alain Prost. Prost symbolisait le Bien comme Senna le Mal. Dans mes jeux infantiles, Prost gagnait invariablement.

L’enfant est un tyran, un démiurge, un soleil, un peu comme l’était Elio, dandy de son sport et gosse de riches, aristocrate romain et, comme disait si bien Aznavour, beau comme un Dieu. L’homme dopé au danger, le trompe-la-mort, le joueur de vie à quitte ou double, ne méritait pas de mourir, sans doute…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Elio_De_Angelis

Qui le mérite ? Je traine ce souvenir depuis près de quarante ans. Je le raconte à l’occasion, on s’en amuse mais on s’en inquiète, on ne croit pas au surnaturel mais on ne s’aventure pas à dire qu’il n’y a aucune causalité. C’est drôle et c’est tragique. Cela doit vous rappeler quelque chose.

Est-ce le destin, la malchance, l’excès de témérité ? Je l’ai tué et je ne l’ai pas tué, j’espère que vous comprendrez et que j’obtiendrais, tôt ou tard, votre pardon.

Publié par anakin999

Caillolais (Marseillais de l'Est), 45 au compteur, papa, fan de l'OM et locataire du Vél depuis toujours. Oscille ses émois entre Tigana et Canto, les fils du village. Rédacteur inspiré des deux mamelles de la vie : l'OM et les mamelles (de la vie).

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