Infanti-no limit

On dit que je suis né le jour le plus froid du monde. On dit que je suis né avec un cœur gelé. On dirait même qu’on m’a porté à bout de ventre, en haut de la colline qui surplombait la ville, et ses clochers.

Je me présente, je m’appelle Gianni, et j’ai déjà réussit ma vie. Je suis né à Brigue en Suisse, et c’est sans doute pour ça que je briguerai de nouveaux mandats à la tête de la FIFA jusqu’à ce que la mort ou la justice nous sépare. Enfin, si vous voulez un conseil, ne pariez pas trop sur la justice, n’est ce pas. Quoi que, les dernières personnes à avoir eu l’honneur de cette rubrique sont Le Graet et Aulas. Pas de justice, mais un bon gros retour de baton: vous avez beaucoup de pouvoir à l’OMALAPERO, c’est louche…

Je m’appelle Gianni, mais comme mes sœurs vous pouvez m’appeler Piccolo. Juriste de formation, supporter de l’inter dans ma jeunesse, je suis entré à l’UEFA en 2000, au service juridique et commercial. Et j’ai gravi tous les échelons Sepp by Sepp, liquidé tous mes adversaires un à un,( coucou Platoche) jusqu’à devenir le grand promoteur des idées à la con qui vont contribuer à tuer le football. Et me voilà devant vous en ce vendredi pour prononcer le discours de clôture du mondial féminin. Vous en avez de la chance, n’est ce pas !

J’avoue, je suis aussi passionné par le foot féminin que Bernard Lacombe est intéressé par la cuisine. Quand l’année dernière au Qatar j’étais partout, donnant même comme consigne de me filmer en gros plan sur chaque match, ici je me suis contenté d’assister aux matchs durant la seule première semaine, et je suis rentré en jet à la maison, à Tahiti ( j’ai la télé), pour prendre le temps d’écrire le plus beau discours possible. Je n’allais pas passer ma vie à regarder les matchs de poule, n’est ce pas. Surtout que j’ai compté, il y avait 22 poules sur le terrain.

On dit que je suis condescendant. C’est injuste, il m’arrive aussi de monter. Notamment dans le pathos et l’indignité. Souvenez vous de ce que je disais au Qatar: « Aujourd’hui, je me sens qatari ; aujourd’hui je me sens arabe ; aujourd’hui, je me sens africain ; aujourd’hui, je me sens gay ; aujourd’hui, je me sens handicapé ; aujourd’hui, je me sens un travailleur migrant. » Si demain le Mondial se déroulait en Chine je me sentirais chanteur de heavy métal, je me sentirai communiste, je me sentirais tibétain, et je me sentirais Ouighour…

Aujourd’hui, je me sens un peu con aussi d’avoir balancé des trucs comme ça, mais c’était tellement gros que c’est passé facilement.

Aujourd’hui je me sens Ukrainien aussi. Pourtant, en 2018, j’étais très loin de me sentir Tchetchene, même si mon hôte avait fait ce qu’il avait dit: » J’irai buter les tchechenes jusque dans les chiottes! » D’après la VAR, ils s’était arrêté à la chambre des enfants. En 2018, j’avais oublié également de me sentir journaliste. Mais bon, rien à foutre qu’il ait ordonné l’assassinat d’Anna Politkovskaia, et bien d’autres moins médiatisés. Aujourd’hui, plus mes poches sont pleines, et plus je me sens léger…

Maintenant, comment faire pour faire rentrer plus d’argent. Ben, en multipliant les coupes du monde par deux, pardi. Vous l’aimez mon produit? Et bien vous allez en bouffer, moi je vous le dis. C’est le meilleur moyen qu’on ait trouvé pour réduire la faim dans le monde, n’est ce pas? Rappelez vous de ce que je disais en janvier 2022: « Nous devons les inclure, nous devons trouver des moyens d’inclure le monde entier, de donner de l’espoir aux Africains afin qu’ils n’aient pas besoin de traverser la Méditerranée pour trouver peut-être une vie meilleure, mais plus probablement la mort dans la mer. Nous devons donner des opportunités, et nous devons donner de la dignité, non pas en faisant la charité, mais en permettant au reste du monde de participer« . C’est beau comme du B.H.L., n’est ce pas?

« Pierre, feuille, ciseau..« 

Je me sentais africain ce jour là. Se servir du plus bleu des cimetières pour justifier des futurs profits, il n’y avait que moi pour oser. Mourir, c’est partir un peu, et je vois bien les gens se dire : » Non, moi je ne pars pas, je vais attendre de voir si je suis sélectionné pour le mondial… On est pas qualifié? Pas grave, Gianni m’a donné l’espoir… » Il y a encore plus de chance de gagner au loto, c’est dire !

En tout cas, avec moi, tout est net. Je l’avais promis lors de ma première élection, lorsque j’avais tout misé sur mon physique et ma ressemblance avec Mr Propre qui élimine 99% des bactéries. Faites toujours ce que je dis, mais jamais ce que je fais. Par exemple, quand j’étais secrétaire de l’UEFA, j’avais prononcé des mots très durs envers les clubs surendettes pour justifier la mise en place du fair play financier, et j’avais ajouté : » L’époque où les Sugar Daddies pouvaient injecter des centaines de millions dans un club est révolue. Les grands clubs sont aussi concernés. Nous appliquerons les peines les plus sévères en cas de violation des règles.” Or les Football Leaks ( ces grands mechants) ont révélé de nombreuses de mes magouilles. Tandis que le cas « PSG » était déjà devant la Chambre d’instruction, j’avais entamé des négociations secrètes avec Nasser El Khelaifi dès le mois de mars 2014. Les nouvelles règles étaient pourtant claires: le propriétaire d’un club, comme le Qatar, ne peut pas simplement injecter de l’argent sans contrepartie. Même en utilisant des subterfuges. Pourtant en août 2012, l’Office du tourisme qatarien signait un surprenant contrat avec le PSG. Il prévoyait que ce dernier devait recevoir durant cinq années jusqu’à 215 millions d’euros en moyenne, soit plus d’un milliard au total. Les Qatariens allaient même payer rétroactivement pour la saison 2011-2012, alors que le contrat n’existait pas. En échange de quoi? Même pas un logo sur les maillots. Le club s’engageait seulement à être disponible pour des “activités promotionnelles”, qui n’etaient pas définies précisément, et à autoriser le Qatar à utiliser son nom. Difficile d’imaginer une violation plus claire du fair-play financier.

Et bien figurez vous que le 19 avril 2014, au Stade de France, avant la finale de la coupe de la ligue entre Paris et Lyon, on a réussi à se mettre d’accord avec Nasser, et j’ai accepté un apport du Qatar de 100M d’euros par année. Et j’ai accepté de facto le dopage financier… Faites ce que je dis, pas ce que je fais…

Enfin, on bavarde, on bavarde, mais c’est l’heure pour moi d’aller prononcer mon grand discours de clôture. J’espère que vous êtes bien assis.

« Je dis à toutes les femmes – et vous savez que j’ai quatre filles« 

– Et j’ai un ami musulman☝️

– Et mes domestiques sont noires☝️

« Je dis à toutes les femmes – et vous savez que j’ai quatre filles, donc j’en ai quelques-unes à la maison – je dis à toutes les femmes, que vous avez le pouvoir de changer. Choisissez les bonnes batailles. Choisissez les bons combats. Vous avez le pouvoir de changer. Vous avez le pouvoir de nous convaincre, nous les hommes, de ce que nous devons faire et de ce que nous ne devons pas faire. Faites-le. Faites-le simplement. Avec les hommes, avec la FIFA, vous trouverez des portes ouvertes. Il suffit de pousser les portes. Elles sont ouvertes. Et faites-le aussi au niveau national, dans chaque pays, au niveau continental, dans chaque confédération »

Voilà ! Pousser des portes ouvertes, j’ai trouvé le concept interessant…

« Choisissez le bon combat ». Laissez nous vous dire une bonne fois pour toutes ce qui est bon pour vous, mesdames, nous le sachons forcément mieux que quiconque, n’est ce pas !

Protester contre le president d’une federation qui force une joueuse à l’embrasser en mondivision, au moment de la remise des trophées, ce n’est pas un bon combat. Les bons combats sont ceux qui ramènent de l’argent. Vous pouvez me croire, à ce jeu là je suis le meilleur des combattants.

Comme je l’expliquais avant la coupe du monde à Doha, moi aussi j’ai été discriminé dans ma jeunesse parce que j’étais roux et j avais des taches de rousseur ( discours 19/11/2022). Maintenant c’est parce que je suis chauve. Je me sens gay, je me sens handicapé, je me sens travailleur migrant.

Je me présente je m’appelle Gianni, mais nous sommes intimes à présent. Comme mes soeurs, appelez moi Piccolo je vous prie.

Bien à vous.

Infantino le Petit.

14 commentaires sur « Infanti-no limit »

      1. Donc l’erreur n’est pas de toi… 😉😂
        Le jour le plus froid de l’année ou l’endroit le plus du monde…j’avoue être surpris par la tournure 🤪
        Dyonisos ? Je faisais écouter coccinelle à mes filles lorsqu’elles étaient petites ☺️
        Bonne nuit

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