La Planète des Singes

C’est un slogan plus efficace qu’un savon. « Fifa say no to racism ». On l’affiche bien haut avant le match, et on se lave les mains. C’est un peu comme un feu d’artifice: c’est joli, mais ça ne sert à rien. Si ce n’est se donner bonne conscience en soignant proprement son image. Tout est beau, tout est amour dans le monde du football et d’ailleurs, et l’argent n’a pas de couleur. Les corrompus sont rarement payés en monnaie de singe…

« Je ne suis pas un singe ». C’est le titre qu’avait choisi Olivier Dacourt pour son ( très bon) documentaire sur le sujet. Il-tu-je ne suis pas davantage un lezard. Nous ne sommes pas des singes, et ne l’avons jamais été. L’homme ne descend pas du singe mais de l’hominoïde, ancêtre commun aux Hommes, aux chimpanzés et aux gorilles, avant que chacun ne trace sa propre route. D’un côté Monkey gone to heaven. De l’autre, l’enfer est vide, et tous les démons sont ici.

La simianisation ne se limite evidemment pas au football, et elle n’est pas nouvelle. Elle est le resultat de l’impact psychique de centaines d’années d’esclavage racial, qui a fait des “Nègres” des sous-personnes permanentes, des esclaves naturels, dans la conscience mondiale de l’époque. L’esclavage à grande échelle exigeait de réduire les gens à des objets. C’est précisément pour cette raison qu’il a également nécessité le type de déshumanisation le plus complet et le plus systématique dans la théorisation de cette réalité. En 1960, lors de la passation de pouvoir, après que le roi Baudoin ait fait toute une éloge sur l’administration coloniale et le rôle civilisateur de Leopold 2, Patrice Lumumba lui repondra sèchement : « Nous avons cessé d’être vos macaques ! » Il signera par ses mots son arrêt de mort….

Cartes postales éditées par les grands magasins de la Samaritaine ( vers 1920)

Mais la simianisation fonctionne toujours à plein régime. De Nancy à Séville, tous les chemins ont encore mené à ( la Lazio de) Rome la semaine derniere. Et celui qui se plaint, s’il n’est pas content, n’a qu’à retourner vivre dans sa république bananière.

A l’OM, il est désormais loin le temps où le meilleur public de France jetait des bananes sur son ancien gardien de but, passé alors chez l’ennemi girondin. Généralement, nous sommes jaunes, nous sommes blancs, nous sommes noirs, et ensemble nous sommes de la dynamite. Meme si cette saison, nous avons surtout la gueule d’un pétard mouillé, avec cette pluie abondante qui a pris la place de la secheresse. Sans doute Pablo portera plainte contre la météo, mais c’est une autre histoire.

Deshumaniser l’autre. Celui qui nous marque des buts ou celle qui marque contre son camps, comme la député Danièle Obono. Sur les réseaux, celle que le p.q. nommé « valeurs actuelles » avait représenté en esclave, à vu son nom transformé en Danièle Bonobo. Comme si le fait de qualifier de « mouvement de resistance » des humains capables d’eventrer une femme enceinte pour égorger un fœtus ne suffisait en soi à la discréditer.

Deshumaniser l’autre. Les tootsie étaient « des cafards » sur les ondes de la radio des Milles Collines qui crachait sa haine pour inciter au génocide. Quel animal était le juif au siècle dernier? Quels animaux sont les sauvages qui peuplent chaque camps de chaque conflit de la planète? Et quel animal devient le bourreau, le tortionnaire, et celui payé pour balancer ses bombes sur des civils. En réalité, comme on peut le voir sur l’affiche ci dessous proposant des kebabs à base de bébés arméniens, il n’est nullement nécessaire d’être une bête ou un monstre. Être humain est suffisant.

Pour conclure, je citerai Hubert Reeves: « Je pense que l’humanité n’est pas nécessairement la favorite de la nature, Que l’humanité peut très bien disparaître, Que nous ne sommes pas une espèce sacrée, Qu’il y a eu 10 millions d’espèces animales jusqu’ici, Que 9 millions ont été éliminées…On n’est pas l’espèce élue comme on l’a cru pendant longtemps. La Nature peut très bien se passer de nous… Elle ne nous éliminera pas , mais c’est nous qui pourrions nous éliminer. »

En tout cas, nous faisons tout pour réussir !

4 commentaires sur « La Planète des Singes »

  1. “Un jour, dans un salon, un homme se lance dans un discours raciste. Alexandre Dumas fait semblant de ne pas l’entendre. Du coup, le personnage s’approche de lui :
    – Mais, au fait, mon cher maître, lui dit-il, vous devez vous y connaître, en nègres, avec tout ce sang noir qui coule dans vos veines.
    – Mais très certainement, répond Dumas. Mon père était un mulâtre, mon grand-père était un nègre et mon arrière grand-père un singe. Vous voyez, monsieur : ma famille commence où la vôtre finit… « 

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  2. Ta première photo d’illustration au Congo n’a même pas 70 ans. Ces enfants sont peut-être toujours en vie.
    Quel recul et quel discours ont-ils aujourd’hui ?
    Dans les faits il serait interdit de publier ça en 2023 mais dans les esprits (et pas que les simples qui sont manipulables à merci) je crains que cela soit encore trop répandu.

    Bien rédigé et belle citation de Lanceur.
    (J’adore Dumas mais on s’en fout 😉 ).

    La connerie humaine est décidément insupportable.

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