We’ve got a feeling: contre-enquête à l’apéro

Sers le jaune collègue et sers le bien pâteux ! Je crois qu’il est l’heure de faire briller les yeux
Roule un pétou collègue, roule un pétou de beuh; il n’y a pas d’heure pour se mettre le feu

Le Soleil fait percer ses premiers rayons,
en ce matin d’été il fait déjà bon. Attentive, la Bonne-Mère observe les pêcheurs pressés d’aller garer le pointu; la criée va commencer. Pendant ce temps, des tas de gens, des jeunes, des vieux, des filles, des garçons, des petits et des grands, vont au rendez-vous de tous les Marseillais bien portants: le soleil tape fort et l’apéro les attend…

Sers le jaune collègue et sers le bien pâteux…*

Au bord de ma piscine, dans mon jardin imaginaire… Sur ma tête un bob 51, et un tee shirt écrit noir sur blanc « je crains degun »

-Anakin, tu sais imiter les cigales ?

-tsétsétsé tsétsétsé

-…..

-tsétsétsé tsétsétsé

-je n’ai pas dit les mouches, je t’ai demandé si tu savais imiter les cigales ?

-tsétsétsétsé tsétsétsétsé

-elle a attrapé le covid, ta cigale… Bon, qu’est ce que tu sais imiter, sinon? Est ce que tu sais faire quelqu’un de chauve?

-….

-oh bravo !

Ne pouvant ainsi compter sur personne pour assurer un fond sonore, je partais, titubant, jusqu’à la platine pour choisir un 33 ou un 45 tours. Et si l’abus d’alcool est dangereux pour la sante, il ne faut jamais dire « Fontaine, je ne boirai plus de ton eau dans mon pastis »

« -Si l’on t’avais dit qu’tu serais footballeur, — Je ne l’aurai pas cru, non non, je ne l’aurai pas cru

-Si l’on t’avait dit qu’un jour tu serais chanteur

-je ne l’aurai pas cru non plus… »

C’est ici que débute mon enquête.

Tous ceux qui font l’inverse de ce qu’ils disent répètent qu’il ne faut pas mélanger le sport et la politique. Mais avons nous bien fait de mélanger un temps le sport et la musique?

Les producteurs de Jean Pierre Francois répondent qu’ils ne voient pas le rapport, mais « je te survivrai » pas longtemps si tu laisses tourner le disque.

Les producteurs de Pascal Olmeta préfèrent finalement quand le joueur « tape dans un ballon »

Décidément, cette enquête risquait de se révéler plus complexe que ce que j’avais imaginé, et je prenais mon Imper et mes bottes pour traverser la Manche.

J’en profitais pour visiter ces vieilles bibliothèques anglaises que les anglais appellent « un stade », les places coûtant beaucoup de livre, et je commandais une pint dans un pub. It’s london, baby!

Au bout de quatre, j’étais déjà moins fringant que Grealish après 24h de célébration, et je demandais à mes voisins de bar s’ils savaient imiter les cigales?

-Seaguls? Brighton? De zerbi? Olympique de Marseille? Of course, Chris Waddle…

Le type avait un accent écossais si prononcé que je n’étais pas certain d’avoir compris tous les mots. Mais il alluma son téléphone et me dit de ne pas partir vomir tout de suite car il devait me montrer une vidéo.

Vous n’en reviendrez jamais, mais en anglais « You Tube » se dit « You Tube ».

Et dedans, on y trouve même une vidéo de Waddle en duo avec son compère de Tottenham, Glen Hoddle. « Diamond Light », sortie en 1987, qui atteint la 12* place des charts et leur valut de se produire sur le plateau de Top of the pops

Le plan musical était plus ou moins sophistiqué, comme le resumera Magic Chris: »« Avec Hoddle, on formait un beau duo : il faisait tous les ahhh, et moi je faisais les oohh  »

Qu’à cela tienne, 2 ans plus tard, Waddle, en cavale musicale, débarque en Provence, et si les premiers mois sont un peu compliqués, Papin facilitera son adaptation en l’accueilant chez lui: «Jean-Pierre Papin m’a proposé de venir habiter chez lui en attendant que ma femme et ma fille viennent vivre à Marseille. Cela a été d’une grande aide et je lui en suis reconnaissant. De plus, son anglais était bon… mais pas ses goûts musicaux »

La musique… oui la musique…

Et puis Boli est arrivé la saison suivante.

« C’est la musique qui nous a rapprochés. Une fois on devait partir en déplacement en bus et il m’a demandé « c’est toi qui as enregistré ces cassettes ». À l’époque j’écoutais du Sting ou ce genre d’artistes anglo-saxons, que j’adorais et je pense que c’est parti de là. Quand je suis arrivé chez lui j’ai vu des disques de musique qui me plaisaient, idem quand il est venu chez moi. Je m’étais fait un espace dédié à la musique parce qu’à l’époque j’étais à fond dedans. Ensuite on a commencé à rester ensemble. À la fin des matchs parce qu’on ne pouvait pas sortir, on allait dans sa voiture avec chacun 6 CD et on faisait un blind test. Pareil, à chaque fois qu’on mettait un pied dans le car du club on écoutait la radio et il fallait dire le plus rapidement possible le nom du groupe ou le chanteur, donc c’était un blind test quasi-permanent. Évidemment quand il y avait des chansons françaises je le battais mais c’était quand même difficile.
Forcément avec tout ça, on a commencé à s’apprécier, nos enfants avaient le même âge et puis on rigolait bien, on était tout le temps ensemble, sauf quand il fallait dormir dans la même chambre parce qu’il ronflait (rire) »

Boli-Waddle réunis par la musique… Je touchais au but et pouvait remettre mon enquête au juge…

Tant bien que mal, je me présentais à la barre ( quelle histoire) en ma qualité d’esspert en apéro, mon maillot blanc « uber états » floqué du nom de Konrad de la fuente taché de vin, de bières, et de pastis. Cela ne plaidait pas en faveur de ma crédibilité

-ce ne sont pas les tâches le problème, ne me rassura pas Guigs.

Bref, ça partait mal, et le juge me demanda si je pensais être en état de témoigner quand je lui demandais s’il connaissait Christophe Hondelatte

-oui… je vois qui c’est…

-et vous pensez qu’il est plus doué qu’Anakin pour imiter les cigales?

-Maître, reprenez votre exposé ou je fais évacuer la salle…

Je repliquais par la phrase que j’avais toujours rêver de répliquer depuis le premier épisode de Perry Mason

-objection votre honneur… spéculation !

Et je recentrais le debat:

-oui, Waddle et Boli ont bien enregistré un ovni musical typique du début des annees 90. « We’ ve got a feeling ». Un single avec des paroles vides de sens, entre rap, danse, et variété franchouillarde sur fond de sonorités africaines, les deux anciens Marseillais forçant même leurs accents respectifs : l’anglais pour Chris Waddle, mais surtout le français avec l’accent africain pour Basile Boli. 

Derrière cette pépite se cachait Mat Camison, auteur de  » Pop Corn Festival  » et  » La vie sans amour, c’est pas une vie », et qui avait composé un hymne à la gloire de l’AJ Auxerre ( pourquoi????), ce qui lui valut d’avoir ses entrées dans le vestiaire de Guy Roux: « 

Quand Boli et Waddle décident de faire un duo musicale, Basile contacte logiquement son pote:

Il m’a appelé en me disant :« Mat, je veux chanter. » Quand je l’ai recontacté pour lui montrer ma maquette, il était à Clairefontaine avec les Bleus. Je l’ai rejoint pour lui faire écouter. Ça lui a plu, et c’est là qu’il m’a dit qu’il voulait chanter avec Waddle »

Camison ( de force) est alors hésitant :

« Vu que je ne savais pas s’ils savaient chanter, j’ai pensé à un rap pour que ce soit plus simple. J’ai tout écrit en français, puis j’ai contacté Pamela Forest, avec qui j’avais fait tous les titres anglais de Sheila, pour qu’elle me traduise les textes de Chris.  »

Pour accompagner le duo, Camison fait appel au trompettiste Freddy Hovsepian et au tromboniste Hamid Belhocine, deux musiciens du groupe Kassav. L’enregistrement de « We’ve got a feeling « est torché en un dimanche après-midi dans un studio d’Aix-en-Provence.

Boli raconte:

« Mat a dû nous reprendre plusieurs fois parce que ça partait en couilles. On avait bu trop de bières, on chantait n’importe quoi. On voulait même rajouter des voix des Beatles… »

Une semaine plus tard, les artistes tourneront le clip, avec leur plus beau costume, sur fond bleu

Le single débarque dans les bacs en mai 1991, une semaine avant la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions que Marseille dispute face à l’Étoile rouge de Belgrade, à Bari. Un coup marketing que Bernard Tapie encaisse mal : « Il s’était énervé dans L’Équipe en disant que c’était scandaleux. Il était furieux, car il ne savait pas du tout que l’on était en train de faire un disque » , se souvient Camison.

Plus embêtant, la chanson ne fait pas vraiment l’unanimité dans le vestiaire de l’OM. « À l’époque, dès qu’il y en avait un qui sortait des clous, il se faisait défoncer, donc ils ont ramassé, raconte Éric Di Meco.

Le morceau fait le buzz, comme on ne dit pas encore. 100 000 exemplaires de « We’ve got a feeling » s’écoulent en une semaine. Hélas, la concurrence de La Zoubida de Lagaf’ ( pourquoi?????), conjuguée à la défaite en finale de la Coupe des champions, sonne la fin de l’aventure. « Honnêtement, s’ils gagnent la Coupe d’Europe cette année-là, on vendait un million de disques » , se désole Mat Camison.

Cela ne m’avait pas empêché d’acheter le 45 tours.

Camison ( impossible) peut néanmoins se consoler avec cette autre information, livrée par Chris Waddle : « La chanson a été numéro 1 en Albanie ! »**

Voilà pour l’histoire.

Bon c’est pas tout ça, mais il fait soif, et c’est l’heure de s’enjailler et de s’ambiancer

Et je vous laisse le bonheur de re-découvrir ce grand moment musical, même si, comme chacun sait, les cigales ont un Boli et un Waddle dans chaque corde vocale.

Mais ce n’est pas le plus important, et ce n’est pas pour ça qu’on les aime !

Allez l’OM 💙🤍

*paroles de Raspigaou « Mois d’août « 

**toutes les citations sont issues de SoFoot

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