Hiver 2001.
Didier Roustan anime sur l’Equipe Tv, obscure chaîne du câble avant le passage au numérique, une émission de débat avec Pierre Mènès et Karim Nedjari, intitulée « Lundi foot ». Il passe un extrait d’interview de Roger Lemerre après un match pauvre de l’équipe de France, dans lequel on ne comprend pas toutes les phrases, mais au moins un mot qui revient à toutes les sauces: les duels. Lemerre insiste « Il fallait gagner les duels », « on n’a pas été fort dans les duels », « on a manqué d’impact dans les duels ». S’ensuit un petit montage fait à la zob, avec les moyens du bord et Roustan s’emporte: « On veut voir du jeu ! Si tu veux gagner des duels tu n’as qu’à sélectionner Ivanhoé »
On veut voir du jeu ! Une certaine idée du football qui ne s’écrit qu’avec l’instinct du joueur, deux pieds, et du talent. Un monde qui tourne aussi rond que le ballon, sans trading juvénile, multipropriété et des concepts aussi stupides que les duels ou les seconds ballons ( Menotti disait : »Les équipes ne se contentent plus d’être à la réception des seconds ballons, parce qu’il n’y a pas deux ballons sur le terrain, mais un seul… Les seconds ballons… Encore une belle connerie, tiens… »).
Une époque où on ne parlait pas de « dépassement de fonction » mais d’un défenseur qui était monté…
Où un joueur ne disait pas « J’ai pris mes responsabilités » mais « J’ai demandé la balle »…Tout simplement…
Tout flotte, tout flotte
Dans les bras du temps
Chatouillent et picotent
Ces jolis moments
En bas, c’est là-bas
Là-haut, c’est plus bas
Le soir est tombé
Et c’est déjà ça
Mais il n’est pas question ici d’être éternellement nostalgique et de céder aux chacaux qui veulent tuer notre sport pour leur profit ou leur intérêt égoïste.
En dépit de l’émotion suscitée par le décès de ce tres grand journaliste à côté duquel nous sommes nombreux à avoir grandi, et de la tristesse provoquee par la disparition de cet homme unanimement loué pour sa gentillesse. De ses éternels et delicieuses digressions footballististiques à nos premiers souvenirs de foot, dont il n’était jamais loin de la caméra, de Télefoot aux commentaires de notre dernier titre de champion ( « Lucho, pied gauche, pourquoi pas. Et tu la place mon lapin… ») en passant par le formidable duo qu’il forma avec Canto pendant la coupe du monde 94, Roustan a marqué plusieurs générations de footballeurs en herbe.
Nous avons appris à aimer le football avec lui, notamment. Une certaine idée du jeu qu’il a grandement contribué à cultiver.
Didier Roustan s’en est allé, mais une certaine idée du romantisme dans le football brille encore en nous, et continue de nous animer.
C’est aussi cela, son héritage.
Qu’il repose en paix…

Le 11/09 est vraiment un jour de merde
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Vivement le 08 mai😉
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ou le 26 mai, d’ailleurs☝️💙🤍
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RIP au Cannois magnifique !
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