Bilan : Assez !

Alors que tout Marseille fêtait hier les 30 ans de la légendaire victoire olympienne face au grand Milan AC, l’OM a achevé sa saison 2022-2023 sur une piètre performance à domicile face à Brest. Résultat des courses, une défaite 2-1 qui fait tâche dans un stade pourtant bouillant et qui ne demandait qu’à continuer la fête. Et surtout une seconde place définitivement envolée au profit de lensois qui n’en espéraient sûrement pas tant. La saison se termine donc comme elle avait commencé pour Tudor : sous les sifflets du Vélodrome. Logiquement. Maintenant que les positions sont scellées et que le championnat s’achève, il est temps d’essayer de dresser un bilan lucide de la saison marseillaise. Une saison contrastée, qui laissera au final un goût d’amertume prononcé surtout lorsqu’on se souvient de la manière dont s’était terminée la précédente. Petit retour en arrière.

L’acte 1 de la saison qui prend fin aura été incontestablement le choix de Longoria et Ribalta de se séparer de Sampaoli alors que celui-ci restait sur deux objectifs atteints : une qualification européenne alors que le club était en crise à son arrivée, puis une qualification directe en Ligue des Champions à l’issue d’une dernière journée de championnat riche en émotions. Longoria justifie alors sa décision par une volonté de donner un style de jeu plus direct et selon lui plus moderne à l’équipe. Un style qui correspondrait davantage aux attentes du peuple marseillais. Finie donc la possession à outrance, place à l’intensité et aux projections rapides vers l’avant. Un changement de cap radical qui suscite autant d’interrogation que d’espoirs. Si le choix de mettre fin à la parenthèse Sampaoli pouvait somme toute paraître logique étant donné que les positions et les ambitions des dirigeants et celles du coach argentin s’étaient considérablement éloignées, celui de faire venir Tudor, un entraîneur au palmarès vierge et à l’image austère, pour remplacer Sampaoli est accueilli avec beaucoup de scepticisme. Ce sentiment de défiance à l’encontre de l’entraîneur croate est assez vite effacé en raison d’une entame de championnat incontestablement réussie sur le plan des résultats mais aussi des intentions de jeu proposées. Pourtant, tout n’est pas parfait loin de là. Dès les premières semaines déjà des dissensions internes viennent lézarder le vestiaire de la Commanderie. On se souvient notamment du départ subit de Camoranesi au cœur de l’été pour incompatibilité d’humeur avec Tudor, puis surtout du déclassement de certains joueurs cadres de l’année précédente au premier rang desquels Gerson ou Payet. Le respect de l’institution est alors brandi comme étendard par Pablo Longoria. Ceux qui peuvent émettre des réserves ou contester les choix opérés sont ainsi invités fermement à rentrer dans le rang ou à s’en aller. La rigueur est de retour et elle est incarnée par le nouvel entraîneur olympien.

L’acte 2 prend sa source quant à lui dans le parcours européen de l’OM. Défait contre Tottenham à l’aller, puis deux fois face à Francfort, les marseillais croient en leur qualification jusqu’à la dernière minute du match retour face aux anglais grâce à leurs deux succès obtenus contre le Sporting Lisbonne dans des conditions bien particulières. Avant de se saborder en beauté dans les ultimes minutes de la rencontre contre l’équipe londonienne pour finalement terminer une nouvelle fois bon dernier d’un groupe pourtant abordable comme en témoignent les résultats de ses adversaires par la suite. En parallèle, l’OM connaît également un important trou d’air en championnat ne parvenant jamais à enchaîner les matchs tous les trois jours. Les limites du système Tudor, de ses exigences physiques, de ses choix de coaching, de la gestion de son groupe sont déjà clairement posées et visibles à ce moment-là. Toutefois les deux succès consécutifs arrachés contre Lyon puis Monaco juste avant la Coupe du Monde permettent à l’équipe de redresser la tête au bon moment. Ce succès à Monaco est aussi marqué par la blessure d’Harit obligeant de fait Tudor à relancer pour ce match un Payet décisif.

Place ensuite à l’acte 3. Débarrassé de toute contrainte européenne, le coach croate peut compter sur la trêve de décembre pour permettre à son groupe de recharger les batteries pendant que se déroule la compétition de la honte au Qatar. Une aubaine au regard du jeu energivore prôné par le croate qui ne se présente pas chaque année. Ces circonstances favorables sont d’autant plus salvatrices que Tudor ne cesse de clamer haut et fort que ses attentes vis-à-vis de ses joueurs sur le plan physique constituent l’alpha et l’oméga de son style de jeu au cas où on ne l’aurait pas encore remarqué. Il va même jusqu’à revendiquer publiquement ne pas savoir faire jouer ses équipes autrement. La communication de l’ex turinois tombe à point nommé puisque c’est justement à cette période, au cours d’un mois de janvier quasi parfait, que l’OM se montre le plus consistant. Avec évidemment en point d’orgue ce match totalement abouti contre le psg en Coupe de France qui permet à Tudor de sortir renforcé dans ses convictions, ses choix et son système de jeu toujours aussi immuable. Disposant d’un effectif considérablement renforcé au mercato d’hiver avec les arrivées de Vitinha, Ounahi et Malinovskyi pour près de 50m d’euros, et débarrassé des indésirables Suarez, Dieng ou Touré, cet OM semble bien parti pour une fin de saison où tous les rêves sont encore possibles.

Mais à l’OM rien n’est jamais acquis et le pire est toujours proche. L’acte 4 démarre ainsi par une terrible douche froide. Longoria, qui soutient son choix d’entraîneur depuis le premier jour, fixe comme objectif une victoire en coupe de France. S’en suit une élimination invraisemblable face à Annecy, échec qui marque les esprits et jette un coup d’arrêt force 100 aux ambitions autoproclamées du jeune Président olympien. Qu’à cela ne tienne, l’OM a encore un ultime objectif à atteindre. Le plus important sur le plan financier afin que le projet mis en place par Longoria depuis sa prise de pouvoir soit viable. Il s’agit bien entendu de décrocher la seconde place, que le club a occupé une grande partie de la saison, au nez et à la barbe des lensois et des monégasques qui le collent toujours de près au classement.

Hélas, le doute s’est installé et l’équipe ne se relèvera jamais réellement de son échec retentissant en Coupe de France. Tudor s’entête encore et toujours dans ses choix. La gestion humaine et le management de l’effectif, placés sous le sceau de l’autorité, voire de l’autoritarisme, sont de plus en plus contestables et contestés. Le coach olympien laisse ainsi de côté une partie de son vestiaire (Guendouzi, Payet, Bailly puis Mbemba et Tavares) au profit d’autres joueurs aux performances critiquables (Veretout, Rongier, Clauss, Balerdi ou encore Malinovskyi). Même si le stade affiche complet à chaque match, les résultats à domicile se détériorent à vitesse grand V sans qu’aucune solution ne soit trouvée ni qu’aucun changement tactique ne soit opéré. L’intégration des recrues du mercato hivernal est un échec, à commencer par celle de Vitinha dont le temps de jeu est réduit au strict minimum alors qu’une association avec Sanchez est espérée. Le jeu de l’équipe se détériore, devient toujours plus stéréotypé, lisible et facile à contrer pour les adversaires dès que ceux-ci sont capables de répondre physiquement aux marseillais, de jouer en bloc bas et de profiter des espaces qui s’ouvrent devant eux à la récupération du ballon. L’OM patine mais Tudor reste droit dans ses bottes, sûr de ses décisions. Sûr de lui-même. Sous la pression des supporters et pour tenter d’ouvrir un parapluie face à l’orage qui commence à gronder, le club se sent obligé de publier un communiqué pour contester certaines décisions arbitrales comme aux plus belles heures de l’Olympique Lyonnais de Jean Michel Aulas. Preuve en est de son impuissance à trouver des solutions par le jeu et sur le terrain. Le match au sommet face à Lens, puis celui contre Lille et enfin le dernier en date devant Brest viennent finalement mettre un triste et décevant point final à la saison marseillaise.

Déjà, il est temps de se pencher sur l’avenir et sur une intersaison qui s’annonce décisive sur le plan sportif et financier à court terme avec les matchs de barrages pour une qualification en Champion’s League qui se profilent. L’élan collectif qui avait tout emporté avec lui en fin de saison dernière s’est définitivement éteint. Chacun commence à penser à sa situation individuelle. Des choix devront être effectués rapidement. Miser sur la continuité ou à nouveau tout reconstruire. Ou bien encore envisager une troisième voie. Celle d’un projet sportif à la fois ambitieux et réaliste qui s’inscrirait dans le temps. Celle d’un entraîneur qui saurait concilier maîtrise technique, intensité physique, gestion humaine et diversité tactique. Celle d’une équipe dans laquelle chacun trouverait plaisir à s’identifier, qu’on aurait envie de suivre et de pousser dans les succès comme dans les échecs. Celle de dirigeants qui sortiraient de postures dogmatiques pour se tourner vers le pragmatisme afin de permettre au club de retrouver des ambitions plus en adéquation avec ce qu’il peut être. Celle d’un club à la fois fier de son passé et qui sait se réinventer. Cet OM là en est-il capable ? En a-t-il seulement la volonté ? Une chose est certaine, son futur s’écrit dès aujourd’hui. Un nouveau tournant se présente. Un de plus. Maintenant on est là.

Publié par guigslamangouste

Citoyen du monde, accroc depuis au moins 30 ans à l'OM. Ce club représente pour moi un concentré d'émotions irrationnelles. Un vecteur de rassemblement par delà toutes les origines, classes sociales ou frontières. Collectivement on va toujours plus loin que seul.

3 commentaires sur « Bilan : Assez ! »

  1. J essaie de positive, et je me dis que le match d hier a forcement donne le coup de grâce à la possibilité de voir Tudor rempiler.
    Pour moi, au delà du classement, c’est l état des troupes qui me fait dire que le changement est nécessaire. J aurai pensé la même chose si on avait été second, et j aurai été prêt à le soutenir même hors du podium si je sentais qu il avait encore les joueurs avec lui.
    Mais trop de carences, au final.
    Bref, on va voir si Longoria et son armée sont capable d avoir enfin une vision à moyen et long terme. Et , s’ils ont bien été capable de réussir des coups, ce qui n est pas négligeable, s ils sont capable de construire et de progressivement nous faire passer des palliers

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