« J’ai pas peur de l’avouer, j’avais quarante ans passés, eh bien, le jour de la mort de Brassens j’ai pleuré comme un môme. J’ai vraiment pas honte de le dire. Alors que – c’est curieux – mais, le jour de la mort de Tino Rossi, j’ai repris deux fois des moules. » (Pierre Desproges).
Jean Marie Le Pen est mort. Quel rapport avec le foot et l’OM me direz-vous ? Et bien la première réponse qui me vient à l’esprit c’est Bernard Tapie bien sûr. Les deux hommes politiques ont joué dans les années 80 et 90 parmi les plus beaux matchs de leur vie publique en s’affrontant, non pas sur un terrain de football, mais sur des plateaux de télévision. Nanard vs Le Borgne. Deux hommes, deux visions du monde, mais un seul avait 10/10 aux deux yeux.
Deux débats télévisés sont particulièrement restés dans les mémoires. Celui de 1989 sur l’immigration tout d’abord, avec PPDA en maître queue (prémonitoire). Un débat au cours duquel Tapie, pourtant lui aussi doté d’une forte gouaille, lance notamment cette saillie à son adversaire politique : « Ce n’est pas parce que vous avez une grande gueule et que vous criez fort (…) ce n’est pas parce que vous affirmez fort quelque chose que ce que vous dites est vrai. » Jouant en défense ce soir-là, Le Pen tente bien de contrer son adversaire : « Ne me menacez pas physiquement Monsieur Tapie, il vous en cuirait. » On ne passe pas très loin d’un jet de gant blanc (évidemment) pour provoquer un duel au pistolet mais Tapie ricane : « Enfin regardez-vous. » Sur la forme comme sur le fond du sujet, l’immigration donc, Tapie emporte haut la main les trois points avec des arguments d’ailier gauche qui résonnent encore aujourd’hui avec la même justesse : « Ce ne sont pas les immigrés qui créent le chômage. Continuez d’alimenter la haine des gens qui sont déjà touchés par le fait qu’ils ne travaillent pas (…) Continuez à leur dire et leur faire manger de l’immigré en leur disant et désignant le responsable c’est celui-là c’est criminel parce que c’est faux.«
Le match retour a lieu en 1994 sur le plateau de France 2 avec Paul Amar à la mise en scène. Cette fois-ci les gants de boxe remplacent les crampons, dans l’espoir que les coups pleuvent obligeant M.Le Texier à intervenir. Mais nulle besoin de VAR ce soir là. Tapie prend de la hauteur, refusant le combat en prime time qui lui est proposé. Habillement, il préfère jouer tactique plutôt que comme un vulgaire Cyril Rool, et envoie une nouvelle fois son adversaire au Tapie. « C’est sérieux, la politique« , lance-t-il en homme de spectacle qu’il est et qui pourtant sait que la peste noire se combat d’abord sur le terrain des idées.
Si incontestablement beaucoup de choses les séparaient, personne ne peut nier qu’ils étaient l’un et l’autre deux bêtes politiques et médiatiques. Le Pen et Tapie ont aussi tous les deux compris que le football pouvait être une puissante arme politique. Pendant que l’un fustigeait dès qu’il en avait l’occasion le nombre de joueurs de couleurs ou ceux ayant bénéficié de « naturalisation de complaisance » en Equipe de France pour flatter son électorat, l’autre menait l’OM jusqu’au titre de champion d’Europe forgeant un peu plus sa légende de Winner jusqu’à sa chute.
Comme un symbole, Le Pen est mort le jour du 10 ème anniversaire des attentats contre Charlie Hebdo. Et moi, ce soir, je reprendrai deux fois des moules, accompagnées d’une coupe de champagne millésime 1993, en pensant à Cabu, Charb, Tignous, Honoré, Wolinski, Maris et Desproges.


Très bel article Guigs.
Bravo.
Et meilleurs voeux a toute la bande 😉
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J’étais passé à côté de cet article☝️
Magnifique 👌
Et bien, pour reprendre les mots des Béru: à cet « enculé de gros le pen »🥂
Vivement le regroupement familial !
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