Les supporters doivent t-ils à nouveau être interdits de stade ?

Après un mois de compétition, il est temps de dresser un premier constat : le retour tant attendu des supporters dans les enceintes de football donne lieu chaque semaine ou presque à des incidents et des débordements sur de nombreuses pelouses françaises. Un terrible constat d’échec alors que pendant 18 mois la crise liée au Covid avait vidé les tribunes du public et privé les équipes du soutien de leur 12ème homme. Montpellier-OM, Nice-OM, Lens-Lille, OL-Brondby, ou encore OM-Galatasaray. A chaque fois la fête a été gâchée par les agissements d’une minorité bien trop visible de supporters prenant plaisir à détourner la passion propre au football pour en faire un exutoire à leur violence.

Prenant à partie le comportement de quelques dizaines de supporters turcs, l’entraîneur marseillais Jorge Sampaoli s’en est ému cette semaine en conférence de presse, laissant poindre l’impuissance qui semble habiter tous les acteurs du football face à ce phénomène récurrent : « On se demande surtout pourquoi des personnes font autant de kilomètres et viennent de Turquie pour venir provoquer ce genre d’incidents, commente le coach de l’OM. On trouve ça plutôt étrange. Est-ce qu’ils préfèrent créer eux-mêmes le spectacle plutôt que de regarder celui qui se passe sur le terrain ? C’est aussi une question qu’on se pose. Pour moi, le plus juste serait qu’il y ait des sanctions exemplaires contre la violence, parce que sinon, ça deviendrait quelque chose de naturel, de normal. Pour moi également, je vous le dis, je pense que le match aurait dû être arrêté hier, on n’aurait pas dû continuer à jouer ce match parce que si on continue ce match avec cette très grande violence, ça montre que cela fait partie de ce jeu. Alors, doit-on s’habituer à ça ? Est-ce qu’on prend des sanctions selon chaque incident ? Ou alors, est-ce qu’on va finalement permettre aux familles de revenir voir des matchs tranquillement dans les stades ? Parce que ce qu’on a vu hier était très violent. On ne parle pas ici de bouteilles d’eau. On parle de bombes agricoles, de provocations, d’insultes. C’est aussi un sujet social, mais pour moi, il faut des mesures très fortes, parce que sinon, on peut se poser la question de savoir ce qui attire le plus. Est-ce que finalement le spectacle des tribunes serait plus important que le jeu qui passerait au second plan ? »

L’uefa devrait rapidement se pencher sur les incidents survenus pendant ce match pour définir les responsabilités de chacun et sans doute prononcer des sanctions qui pourraient frapper l’OM. Alors que 3000 supporters turcs étaient attendus dans les travées du Vélodrome et que cette rencontre était placée à hauts risques comment est il possible que les autorités et les responsables de la sécurité n’aient pas pu prévenir ces heurts ?

Dans son discours, Sampaoli évoque également un sujet de société qui dépasse le cadre du football. Un sujet qui n’est certes pas nouveau mais qu’on avait presque oublié durant les derniers mois au cours desquels les matchs se sont disputés à huis clos. Un sujet qu’on espérait loin derrière nous. Il semblerait au contraire que la crise du covid et ses restrictions n’aient fait qu’accentuer le phénomène. Lui redonnant un nouveau souffle. Le stade pouvant être considéré comme le reflet, parfois déformant, de l’état de la société cette dernière laisse à voir un visage particulièrement inquiétant.

Malheureusement, les réponses des instances et des autorités ne sont pour le moment pas à la hauteur des enjeux, en témoignent les sanctions prises à posteriori du match Nice-OM. Certains dirigeants jouent même en toute impunité avec des allumettes dansant sur une nappe de pétrole, à l’instar de Jean Pierre Rivere qui n’a rien trouvé de mieux que se pavaner devant les caméras de télévision en défendant l’indéfendable pour une simple question d’image vis à vis de ses supporters. On pourrait se réjouir de la condamnation à un an de prison avec sursis d’un supporter niçois descendu sur la pelouse de l’Allianz Arena pour agresser Dimitri Payet, mais cette peine supposément à valeur d’exemple sera t-elle suffisamment dissuasive pour empêcher que de tels actes se reproduisent a l’avenir ? Rien n’est moins sûr.

Si les sanctions collectives (amendes, fermeture de tribunes, matchs à huis clos) ont déjà montré leurs limites pour endiguer la violence dans les stades, les sanctions individuelles restent trop rares et difficilement applicables en droit. En effet, les interdictions de stade à grande échelle telles qu’elles se pratiquent depuis longtemps en Angleterre exigent une volonté politique et des moyens sans cesse renouvelés pour contrôler les individus sanctionnés. Il est évident qu’on en est très loin aujourd’hui en France.

Reste la solution d’interdire les déplacements des supporters adverses, qui relève de la compétence des préfets et qui pourrait se multiplier dans les prochains mois. Déjà les supporters marseillais ne pourront se déplacer à Lille demain soir pour encourager leur équipe, au prétexte qu’il est impossible d’assurer à la fois la sécurité de ce match et Paris-Roubaix ! Les courses cyclistes étant bien connues pour leurs nombreux débordements…

Dans un passé récent la ligue 1 a déjà connu des périodes au cours desquelles ces restrictions de déplacements de supporters ont été appliquées de manière quasi systématique. Elles n’ont jamais permis de traiter les causes profondes des actes répréhensibles, mettant simplement un voile pour un temps sur les symptômes visibles de ces violences endémiques au football. Qu’on en soit toujours là en 2021 constitue un éternel recommencement et un terrible aveu d’impuissance.

Publié par guigslamangouste

Citoyen du monde, accroc depuis au moins 30 ans à l'OM. Ce club représente pour moi un concentré d'émotions irrationnelles. Un vecteur de rassemblement par delà toutes les origines, classes sociales ou frontières. Collectivement on va toujours plus loin que seul.

7 commentaires sur « Les supporters doivent t-ils à nouveau être interdits de stade ? »

  1. No futur…
    Concernant la sécurité du Paris-Roubaix, on ne parle sans doute pas de débordements mais de sécurité routiere… C’est inimaginable le nombre de forces de l’ordre (gendarmes essentiellement) en faction en bordure de route, à chaque intersection…. Ça monopolise énormément de monde pour le passage d’une course…
    Interdire les supporters visiteurs est une solution rapide et éphémère ne portant pas ses fruits sur du long terme… Mais quelle pourrait etre la solution ???
    En tout cas bel article mon Guillaume…

    Aimé par 3 personnes

  2. Si la ligue avait sévèrement frappé le club niçois les supporters ayant foulés la pelouse seraient maintenant des parias rejetés par le club et les autres supporters. Les nantais contre Nice ont tenté de faire la même chose sans succès.
    Pour Galatasaray c’est très complexe car les fouilles ont du être faite donc l’OM est fautif d’avoir laissé entrer les pétards.
    Je ne serai pas surpris de voir un jour les joueurs prendre les choses en mains d’eux même en faisant grève face au violence et envahissement de terrain.

    Aimé par 2 personnes

  3. Il faut peut être commencer par décréter des états généraux du supporterisme. Redéfinir, les droits et les devoirs de chacun. Déterminer les responsabilités de chaque acteur. Réfléchir aux sanctions et aux moyens qui peuvent permettre de limiter ces violences.

    Aimé par 1 personne

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